L'HISTOIRE DE VILLEFRANCHE D'ALBIGEOIS

Blason de Villefranche d'Albigeois

Bien qu'il n'y paraisse guère, à voir le village d'aujourd'hui, Ville­franche date du XIII ème siècle. Sa création est une retombée indirecte de la croisade des Albigeois (1198-1229). A l'issue de cette dernière, le Tarn, dans cette région, est devenu frontière entre ce qui restera jusqu'en 1249 possession de Raymond VII, comte de Toulouse, au nord de la rivière et ce qui était passé, dès le traité de Paris en 1229, sous l'autorité royale au sud autour de la seigneurie de Castres confiée à Philippe II de Monfort, dit le Jeune, petit neveu de Simon, chef de la croisade.

Afin d'assurer stabilité et sécurité dans ce nouveau fief, Philippe II installe sur ses frontières un certain nombre de points forts où les gens trouveraient intérêt à demeurer pour bénéficier de la plus grande liberté et des meilleures facilités commerciales procurées par des chartes de franchi­ses et par un choix judicieux de l'emplacement.

En limite du Ségala, sur une route commerciale traditionnelle est-ouest et près du Tarn, mais point trop afin de voir venir, le site choisi pour le village convient parfaitement, permettant de concilier les aspirations de la population à venir et les besoins du prince. C'est pourquoi il y crée, en 1269, une Ville Franche (localité dotée de franchises).

Au cours des siècles de royauté la seigneurie de Castres change plusieurs fois de mains et la charte de Villefranche reçoit confirmations et amendements.

La Guerre de Cent Ans (1337-1453) a probablement été ici la cause de bien des problèmes car les lieux d'affrontement y sont souvent proches.

Par contre, le village, resté dans la mouvance catholique, ne semble pas être directement touché par les Guerres de Religion (1562-1598) mal­gré les sérieuses difficultés que connaît la région de Castres.

A la Révolution, la bastide n'est déjà plus qu'un souvenir et Villefranche a débordé hors de ses murs. Quelques mésententes anciennes entre familles, une réorganisation administrative mal comprise et l'intolérance religieuse de l'heure troublent alors un peu le village, surtout de l'An II à l'An VI (1792-1797). Et c'est à partir de 1796 que Villefranche est doté d'une briga­de de Gendarmerie.


Sa position hors d'Albi et sur un axe est-ouest fort fréquenté en fait un lieu d'étape pour les armées de la Révolution, de l'Empire et de la Répu­blique. On loge alors souvent chez l'habitant...

Au cours du XIX" siècle et du début du suivant, la localité confir­me son rôle de marché. Des foires très importantes s'y tiennent régulière­ment et le commerce du bétail, notamment, y est florissant. Après quelques hésitations, la route trouve son tracé actuel. Un train d'intérêt local entre Albi et Alban y partage l'espace roulant avec les véhicules à moteur et à traction animale de 1910 à 1939.

En 1896, une église nouvelle remplace l'édifice du XV ème siècle qu'avait connu l'ancienne bastide. Sa nef en conserve quelques vestiges.

Comme partout en France, les deux guerres mondiales endeuillent de nombreuses familles, ainsi en témoigne le monument aux Morts érigé en 1923.

La deuxième moitié du XX ème siècle, voit la modernisation de la lo­calité, mais aussi son déclin économique : électrification 1925-26, eau cou­rante 1960, égouts 1962, salle polyvalente 1982, maison de retraite 1990, cantine scolaire 1993. Mais, les transports modernes ont raccourci les dis­tances et Villefranche perd peu à peu son rôle de marché ; l'économie se déplace vers Albi.

Toutefois, depuis les années 80, le bourg prend une nouvelle impor­tance de par cette proximité du chef lieu qui lui avait tant nui. Une popula­tion nouvelle s'y établit, qui travaille ailleurs. L'attraction du lieu créée par Philippe de Monfort en 1269 reprend ses droits : il fait bon vivre à Ville- franche, au XXI ème siècle aussi. Et pour faire bonne mesure, un clin d'œil de la géographie a placé le village en plein sur le méridien de Paris, ce qui lui a permis de se faire connaître lors des manifestations de l'An 2000 autour de la méridienne verte.